Changement en entreprise et Tai-chi

Le changement est la chose à la fois la plus naturelle mais la plus redoutée du point de vue personnel mais aussi organisationnel. Nous changeons à chaque seconde de notre temps, rien n’est pareil ni semblable au fil du temps et pourtant l’énergie qui est gaspillé pour vouloir garder cette immobilité factice est colossale.

Les changements espérés, redoutés au travers des nouveaux usages du 2.0 en interne et en externe ne dérogent pas à la règle. On voudrait bien puisque cela semble apporter des avantages compétitifs à l’entreprise amis sans…rien changer !

Mais des outils 2.0 sur une organisation, un management, des process et des valeurs 1.0 ça ne marche pas ou à la marge !

Alors on met en place des plans de changement déclinés en action de changement avec change manager qui ne font que bloquer un peu plus la majorité des salariés inquiets de voir changer un environnement qui certes n’est pas parfait mais pour lequel au fur et à mesure ils se sont adaptés, souvent d’ailleurs pour le contourner.

L’analogie du tai-chi pratiqué dans les règles de l’art me semble pouvoir constituer une analogie fructueuse. Le Tai-chi tel que je l’entends n’est pas l’aimable chorégraphie en pyjama soyeux trop souvent pratiqué en occident. Ces mouvements appelés « formes » ne sont que des process plus ou moins complexes mais en aucun cas l’essence du tai-chi car sans le travail de l’énergie et du souffle cela n’est que gymnastique n’offrant aucune possibilité de transformation profonde.

Le tai-chi véritable s’attache à recentre l’esprit et sentir l’énergie par…l’immobilisme. Mais là encore si on regarde superficiellement des pratiquants le Zhan Zhuang « se tenir comme un pieu » on ne peut saisir le travail interne qui permet cet immobilisme par un double travail. L’arrêt de pensées multiples et confuses avec une focalisation sur le corps puis le souffle, le déséquilibre permanent et subtil du corps pour tenir cette position qui produit le travail intérieur. Puis on y associe des mouvements spécifiques pour faire circuler cette énergie et assouplir le corps, redevenir souple comme un nouveau-né comme le disait Lao Tseu.

Combien d’entreprises prennent le temps d’associer réellement leurs salariés aux changements envisagés ? Combien acceptent qu’il faille du temps pour créer le changement durable qui nous permettra d’évoluer plus sereinement et de s’adapter aux changements futurs ?

On parle de R.O.I, de KPI mais tout cela n’est que comme dans le tai-chi des pyjamas dorés de pratiquants superficiels qui connaissent plus par l’esprit que par le corps et les actions ce dont ils parlent.

La tasse des entreprises est si pleine de « nouvelles » méthodes de performance qu’elles ont bien du mal à pouvoir imaginer un autre modèle, une autre gouvernance et dynamique et se contentent de rajouter des couches là où il faudrait vider sa tasse afin d’innover.

Le pratiquant aguerri de tai-chi pourrait être vulgairement comparé à ces figurines « culbuto » on peut les pousser dans un sens ou dans un autre elles retrouvent toujours leur équilibre car elles ont les pieds « lourds ». Cette base permet une souplesse du haut du corps, la vitesse et la puissance sans jamais que pour cela il ne faille se contracter.

Le changement en entreprise ne passe pas par des discours, des slides, des consultants brillants mais avant tout par la volonté de changer des salariés, employés, managers comme dirigeants.

Si non on ne développera que des process sans modifier en profondeur les valeurs que l’entreprise suscite auprès de ses salariés comme clients.

La compréhension de l’attente des parties prenantes au-delà de l’écran de fumée de la volonté de non changement passe par l’écoute, le dialogue. Combien de managers prennent encore le temps de parler des attentes individuelles, collectives des membres de leur équipe et combien ne font qu’appliquer en courroie de transmission les ordres et process décidé plus haut ?

L’entreprise ressemble alors à un pantin déséquilibré, une jambe agitée par le 2.0, un bras par le lean management, la tête par les résultats financiers….

De cette écoute et de ce dialogue pourra de nouveau émerger la confiance de faire partie des « acteurs » du changement et d’une histoire commune qui donne envie de s’impliquer.

Cette implication pourra ensuite naturellement se traduire au travers des différents process sociaux portés par les outils 2.0, de l’intégration des nouveaux embauchés, à l’innovation sociale en passant par le social learning.

Les outils sont utiles, les process aussi mais sans la composante sociale construite autour de la motivation et de l’engagement des salariés ils ne sont que des tuyaux vides.

 

Voulez-vous revêtir un beau pyjama pour parader auprès de non connaisseurs qui penseront que vous avez acquis la maitrise de votre art alors que bien souvent cela n’est que duperie et artéfact  ou travailler avant tout en interne pour subtilement, progressivement au fur et à mesure que la confiance se développe devenir une entreprise agile et performante car se reposant sur un maximum de talents et non sur quelques ambassadeurs 2.0 .

 

Une réflexion sur “ Changement en entreprise et Tai-chi ”

  1. Merci pour cet éclairage supplémentaire qui renforce l’importance de l’ »humain » dans une démarche de changement. L’outil informatique reste bien un moyen et non un but.

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