Dialogue social digital : le cas Quick

Les syndicats ont très vite adopté le web et en particulier mail et site internet tant pour leur communication interne que externe. En revanche ils ont bien plus de mal avec les réseaux sociaux, tiraillés entre la puissance de mobilisation que pourraient offrir ceux-ci et la transparence qu’ils entrainent tant en réciprocité qu’en affichage des sympathisants ou militants.

Les confédérations ont beau multiplier les sujets sur ce thème lors des congrès et pour certaines se lancer dans des projets d’étude ou de recherche il n’y a guère que des expériences médiatiques d’usage externes qui peuvent être remarquées.

La CFDT est d’ailleurs souvent la confédération là plus en avance sur ces sujets que ce soit dans ces congrès ou sa présence sur la toile avec une page Facebook relativement bien animée et plusieurs clips sur youtube assez décalés pour tenter la propagation par viralité. Le dernier est d’un second degré risqué et donnera certainement lieu à de nombreuses interprétations sur la coupure entre les salariés des petites entreprises et les différentes organisations syndicales :

Les autres s’y mettent de façon moins ordonnée et souvent selon les opportunités locales de représentants syndicaux férus de web.

Au final tout cela ne donne pas une stratégie d’utilisation des médias sociaux pour favoriser la richesse du dialogue social.

Les syndicats ne sont pas les seuls responsables de cette lente agonie d’un dialogue social constructif, respectueux et responsable. En effet les directions sont comme paralysées par l’idée de pouvoir remettre en selle des acteurs qu’ils considèrent à tort comme des adversaires.

Alors c’est souvent le blocage en interne de tout moyen d’expression des syndicats sur l’intranet ou pire le réseau social quand il existe  et des chartes d’usages d’une lourdeur et complexité confondantes.

Le résultat de ces deux tendances allant du flottement à la résistante : l’externalisation du dialogue social.

A trop vouloir restreindre les espace d’expression sur intranet avec l’impossibilité pour les organisations syndicales de publier des vidéos, d’avoir des fonctions de commentaires, de sondages et de leur interdire toute présence sur le réseau social d’entreprise on leur passe un seul message : allez voir ailleurs !

Et pourtant on s’étonne du côté des directions et RH de les retrouver s’exprimant sur des forums, des blogs ou par vidéo.

La focalisation sur les Délégués, responsables ou même adhérents des organisations syndicales est une erreur fondamentale

1/ Radicalisation de l’exercice du dialogue social avec affrontement de deux camps

2/ On désigne les médias sociaux comme levier et enjeux de pouvoir ce qui ne peut qu’aiguiser l’appétit des OS

3/ On les encourage de ce fait à publier là où ils peuvent : en externe

4/ On oublie que désormais la bonne santé d’une entreprise ne dépend pas que des bonnes relations avec les représentant des OS mais de tous les salariés. Chaque salarié à un pouvoir d’influence, de nuisance comme d’innovation, d’attraction et amélioration.

L’exemple de Quick est frappant : http://www.slate.fr/story/64995/equipier-quick

Voilà un salarié lambda, anonyme dont les tweets ont une puissance bien plus grande que le travail des syndicats sur la dénonciation des conditions de travail dans son établissement. La responsable de la communication cherche à rentrer en contact avec lui en créant pour l’occasion un compte twitter spécifique et avec succès.

On espère pour Quick que le RH et responsables des relations sociales vont se demander comment s’adapter à ces nouvelles formes de pouvoir et de communication car d’une façon générale l’absence de dialogue social avec des partenaires légitimes n’est pas forcément un bénéfice sur le long terme. Sans médiateur et corps intermédiaire les salariés qui se sentent oppressés par le management, victimes des conditions de travail peuvent soit s’organiser en mouvement spontané soit se mettre à parler sur les réseaux sociaux.

Je n’ai pu joindre ni le salarié, ni la responsable COM et encore moins les syndicats chez quick pour avoir leur point de vue espérons qu’il pourront apparaître dans les commentaires de ce billet !

Quick fait le buzz et son équipier est devenu par l’intermédiaire de Slate une vedette sur twitter qui bien entendu amènera certains blogeurs à parler de la e-réputation de  Quick comme on regarde le doigt sans voir la lune..

 

Cet exemple est toutefois criant sur le retard tant des directions que des syndicats sur ces nouveaux médias. Un responsable syndical ayant ce type de talent peut doper l’influence de son organisation. Cela a été le cas pour la CFTC dans un entreprise qui de 3% est passé à 18% grâce au travail de son responsable sur son blog externe. Un travail de transparence, de réactivité qui a fait de son blog une véritable plateforme d’échanges avec des dizaines de commentaires après chacun de ces articles.

Chaque billet faisait trembler la direction malgré l’engagement du blogeur syndicaliste à garder une certaine confidentialité car cet engagement risque de sauter au premier conflit dur.

Si le paysage est compliqué comme l’est d’ailleurs le paysage et l’avenir du syndicalisme en France il y a aussi dans le digital des actions concrètes à entreprendre pour que celui-ci permette aux deux parties de retravailler ensemble à la survie ou la performance de leur entreprise.

 

Mise à jour de dernière minute :

Les derniers tweets de cet équipier Quick montrent bien le vide syndical dans les établissements et sur le terrain, centralisation sur Paris dans une organisation typiquement hiérarchique et dépassée. regardez François Chérèque caresser son chat empaillé et vous comprendrez que nous sommes dans une phase de transition étonnante et certainement dangereuse.

3 réflexions sur “ Dialogue social digital : le cas Quick ”

  1. @equipierquick « User has been suspended » alors là on aimerait bien savoir pourquoi et sur la demande de qui… mais ce Délégué virtuel des employés Quick qui dénonçait les conditions de travail dans son restaurant Quick a disparu de la surface de Twitter…

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