Le mythe de l’employé influenceur

InfluenceurTout est parti de ce tweet et de ma réponse qui ont permis des échanges passionnants et passionnés entre différents acteurs RH, syndicaux et autres autour de la notion du salarié influenceur. Seulement après une vingtaine de tweet le clavier démange pour exprimer de manière moins décousue ses idées et voila l’objet de ce billet sur le salarié influenceur.

Influenceur ?

Qu’est qu’un influenceur à l’ère du web 3.0 ? c’est une personne dont les prise de position sur le web social (twitter, facebook, linkedin, pulse, blogs…) concernant leur domaine d’expertise sont considérées comme ayant du poids et pouvant influencer l’avis de nombreuses autres personnes. Les influenceurs sont donc suivis pour la qualité, pertinence de leur prise de parole et leur capacité à repérer des tendances émergentes. ils sont souvent suivis par les marques, les entreprises pour l’audience qu’ils peuvent ainsi toucher et leurs analyses. Vous pouvez ainsi retrouver des listes d’influenceurs dans bien des domaines que ce soir RH, Marketing, gaming…comme celle-ci Influenceur RH

Le salarié influenceur

Maintenant qu’est qu’un salarié influenceur ? Selon l’article cité dans le tweet cela reste un peu confus car ce serait un salarié « augmenté » qui serait un ambassadeur de l’entreprise (chouette !) mais aussi une menace pouvant faire plier cette même entreprise si elle se comportait de manière injuste à son égard. L’exemple de la caissière de Cora cité pour défendre ce point de vue ne reflète d’ailleurs pas tout à fait  la réalité des faits. En effet cette salarié était une salarié protégée, car Déléguée syndicale de la CGT, et c’est son interview sur France Inter qui a ensuite  été relayée par d’autres médias et enfin la caisse de résonance du web dont la page Facebook de Cora. L’influence n’est donc nullement une influence de la salariée mais bien des organes de presse Mainstream puis du buzz viral… Le salarié influenceur est vu en fait comme l’ambassadeur de la marque qui donne de la chair et de l’authenticité aux slogans marketing et publicitaire pour vendre des produits ou services ou renforcer sa marque employeur. L’idée est donc de pousser des salariés pour s’exprimer en bien sur l’entreprise permettant ainsi de diffuser la bonne parole de manière virale et multiple.

Manipulation ou stratégie gagnant/gagnant ?

Nous avons largement développé dans notre ouvrage « Marketing RH » qu’une telle stratégie ne se comprend et ne fonctionne que si l’on ne manipule par le salarié avec quelques récompenses pour les ambassadeurs les plus brillants mais que l’on s’attache à la qualité de l’expérience collaborateur. Alors en effet les collaborateurs  parlerons en bien et de façon naturelle de leur entreprise comme de leur manager  en donnant des exemples de satisfaction au travail.  L’expérience salarié vise à identifier et diminuer les irritants sociaux et augmenter les sources de satisfaction en interrogeant directement les salariés et en leur permettant de vous alerter ou de vous suggérer des idées de progrès. Voila la vraie logique conversationnelle de la transformation digitale et je peux vous dire qu’elle est très faible !  regardez pour cela le désastre de 90% des projets de réseaux sociaux internes. Ces projets sont des désastres car au fond ils ne changent strictement RIEN aux modes de travail et aux relations entre employés et managers. Alors quitte à parler les salariés le font ailleurs que sur un réseau social souvent scruté par la hiérarchie. Un salarié influenceur c’est un salarié qui est capable d’influencer son N+1 ou +2 ou le big boss par ses prises de position internes ou externes. C’est un salarié dont le parcours professionnel va être modifié par ses prises de position, ses conversations. Si vous êtes influenceur c’est que vous avez de réelles qualité d’analyse, de communication, un certain charisme digital…et toutes ces qualités, nouvelles compétences ne seraient pas prise en compte par votre manager ou votre RH ?

Les influenceurs et la transformation digitale

Comment ne pas penser alors à une simple instrumentalisation de la parole du salarié au profit de l’entreprise ? Pire ce salarié est toujours dépendant d’un lien de subordination et ses conversations peuvent très bien se retourner contre lui pour des logiques de pouvoir ou de territoires. Enfin parler du pouvoir de l’influence en utilisant l’image du Tribunal populaire est une idée pouvant se révéler dangereuses vis à vis des relations sociales et de la place des organisations syndicales. Promouvoir les salariés influenceurs sans travailler sur l’évolution du management, des rapports hiérarchiques, des parcours professionnels, des modes de travail, des principes d’évaluation voir du dialogue social, reste au niveau de la communication comme souvent dans la transformation digital actuelle. Bougeons les lignes, ouvrons le potentiel des réseaux sociaux, permettons l’émergence des influenceurs en interne, apportons leur de la reconnaissance, sachons exploiter les potentiels de chacun et là nous serons en marche vers la transformation digitale. On démarre ?

4 réflexions sur “ Le mythe de l’employé influenceur ”

  1. Bonsoir Vincent,

    Ayant participé au début des échanges sur Twitter et Linkedin matin j’apporte à mon tour au débat deux constats tirées de ma position de « salarié influenceur senior »

    1 – Évadons nous de la prison des mythes de l’e-reputation et du personal branding

    La notion de salarié influenceur, poussée par les conseils en communication, me semble un peu limitée si elle nous restreint aux des concepts de marque et d’e-réputation.
    Les usage des réseaux sociaux et du numériques sont bien plus larges, ils touchent et vont toucher nos métiers c’est déjà le cas des agents clientèle ( en B2C) ou les commerciaux en B2B.
    L’influence c’est aussi innover mieux travailler etc

    Ceci dit ne dramatisons pas les « digital adaptated » comme moi ont vu nos métiers modifiés ( augmentés ?) par les téléphone portables, les mails, les smartphones. Finalement nous avons survécu.

    Je me souviens d’un DG que je ne citerai pas me demandant en 2000 de cesser le déploiement du mails après avoir réalisé que cela allait bousculer l’organisation pyramidale en permettant de communiquer sans le filtre de la hiérarchie. Evidemment le flux de mail a débordé le barrage de terre.

    Evadons nous des mythe de l’e-réputation et du personal branding – non je ne me sens pas être une marque ! – et construisons avec les outils digitaux de nouvelle façon de travailler de produire ensemble et si possible d’être plus heureux.

    2 – Nous sommes des salariés influenceurs ET des clients consommateurs ET des citoyens ET …

    Quels soient les hommes quelles que soient les organisations et les outils il y aura toujours des rapport de force ne les sous estimons pas mais ne les surestimons pas non plus.
    Ce que j’ai observé, comme salarié, comme manager c’est que cette « segmentation » entre les différentes fonction qu’occupe un individu peut être la source de blessure mal être et bien sûr d’inefficacité.

    Apprenons à manager autrement à collaborer avec les média numériques.Le pouvoirs de faire (empowerment) qu’ils apportent aux salariés fissure les fondations du management de droit divin mais ouvre la voie à un management plus humain.

    Le numérique reste un outil qui peut produire le pire et le meilleurs c’est à nous – salariés influenceurs ambassadeur patron manager syndicalistes citoyens consommateurs rêveurs ou clients …bref humains – d’essayer simplement de faire bien et mieux comme d’autres l’ont fait avant nous et d’autres le ferons demain.

    A lire tous les superlatif qui évoquent la transformation digitale j’avoue que j’ai parfois une petite impression de too much. Finalement c’est peut être agréable pour nos égos de nous dire que nous vivons une transformation exceptionnelle, du jamais vu.

    Merci pour ces échange et ce billet intéressant et au plaisir de nous croiser à nouveau.

  2. Bonsoir Vincent, Christophe,
    Bonne idée de prolonger le débat twitter (auquel je n’ai d’ailleurs que peu participer car peu pratique et difficilement compatible avec une journée de réunions!) par un billet. En réalité, je pense que nous sommes d’accord et que c’est le titre de cet article qui induit en erreur (comme souvent). Dans le 4ème paragraphe que vous évoquez, je dénonce justement ce que je constate dans les entreprises : on se contente de voir les salariés comme des instruments de la bonne parole de l’entreprise. Chercher à encourager cela n’est que de la communication « top-down » comme vous le dénoncez. Et si je décris l’empowerment du collaborateur et les changements dans les rapports de force (on ne traite pas de la même façon un collaborateur qui a dénoncé son licenciement sur Internet ou s’il a 30 000 followers), ce n’est que pour mieux encourager les entreprises à comprendre que le monde a changé et qu’il leur faut donc lâcher prise dans leurs méthodes de management traditionnelles. Au plaisir de poursuivre l’échange le 30 janvier ?

  3. Je découvre cet article suite à un mini-débat sur Linkedin. Je vois pas mal de bons points, on est assez d’accord. Devenir « ambassadeur » ou « influenceur » même à un niveau modeste au départ en tant que collaborateur ne se décrète pas, et ça implique d’avoir pris le temps de synchroniser ou d’accorder, comme des instruments qui vont jouer ensemble, les valeurs, objectifs & attentes de l’entreprise et du salarié. Un dirigeant peut avoir l’impression que ça implique trop de risques ou de changements culturels, mais il y a beaucoup à gagner avec ce genre de transformation.

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