L’efficacité du Systema appliquée à l’organisation et au management

Après une pratique assidue des arts martiaux offensifs je suis passé il y a 5 ans au taichi et depuis quelques mois au systema. Voyez donc ce billet comme la découverte d’un nouvel art qui ouvre de nombreuses perspectives et non comme un jugement définitif et avisé !

Réappropriez-vous le sol !

Un cours de systema commence toujours par des exercices au sol que l’on désigne sous le terme d’acrobaties au sol et qui alternent des exercices pour ramper sur le dos, sur le ventre, de roulades, des esquives et des défenses.

Cette proximité du terrain doit aussi être recherchée et cultivée pour  rester à l’écoute de la base, comprendre la réalité du travail, être accessible et en position de capter les signaux faibles de tension.

Une entreprise ne peut être alignée sans que la tête comprenne comment les pieds fonctionnent !
L’horizontalité tant vantée consiste en premier lieu à cette prise de contact avec le terrain.

 

La puissance vient du relâchement

Là encore le systema diffère de nombreux arts martiaux ou sport de combat qui privilégie la position debout et des coups dont la puissance se mesure à la vitesse et la contraction des muscles. Le systema comme le taïchi privilégie la souplesse et le relâchement pour acquérir la puissance. La puissance provient du déplacement du corps et est transmis à la main ou au pied avec une force considérable mais sans gaspillage d’énergie.
Toute tension est nuisible à la puissance et à la vitesse.

 

Le travail lent est nécessaire et efficace.

Retrouvez le slow work , déconnectez-vous, ne restez pas dans un stimuli action/réaction sans analyse ni recul. Ensuite vous aurez la possibilité d’accélérer et surtout d’adapter votre rythme.

Comprendre ses tensions, repérer les tensions de l’autre, sachez déstructurer un adversaire et conserver votre alignement.

Comme nous serions plus efficaces si nous avions cette attitude dans la relation managériale et dans les relations sociales. Il est incroyable que après un siècle de syndicalisme nous en soyons toujours à un niveau basique d’opposition Direction /syndicat avec des jeux de rôle pathétique et des crispations, démonstration de force inutile.

Les RH devraient prendre le temps de mieux travailler avec les différents partenaires sociaux et leur donner une chance de ne plus devoir se positionner seulement en « ennemi » et opposant.

La chute n’existe pas dans le systema

La chute est un terme négatif auquel le systema préfère le mot roulade ou engagement. Comme le précise Helly Khosrow

systema

« Il n’y a pas de chute en Systema! Il y a un engagement avec le sol ! »

La façon de prendre contact avec le sol est apprise dès le premier cours dans le système et non seulement comme une nécessité après une projection mais aussi un choix tactique de céder pour ne pas devoir subir la poursuite d’une attaque au sol. On fait une roulade et on se relève dans la foulée grâce à l’élan et dans ce mouvement on est capable de donner un coup de pied ou balayer son adversaire. Il faut savoir dans l’entreprise abandonner rapidement des projets qui ne rencontrent pas le succès espérée pour s’adapter et repartir différemment en apprenant des premières résistances. Une forme d’agilité à développer ! C’est aussi un esprit d’engagement qui permet de ne pas subir mais de toujours chercher à s’adapter, rebondir et se remettre rapidement sur pied.

 

La puissance des coups

Le systema est renommé pour la puissance de ces coups et cette puissance vient de la décontraction durant la frappe et de l’engagement de tout le corps. On frappe comme si notre poing pesait une tonne sans crisper l’avant-bras ou le biceps. Le stress en entreprise est destructeur de productivité alors essayez d’être un leader, un manager percutant avec le sourire. La crispation vient de la peur ou de l’énervement qui sont des parasites et vous affaiblissent. Apprenez à manager en douceur comme on apprend en systema à n’utiliser que le moins de force possible pour calmer un adversaire ou le stopper.

Economisez votre effort pour atteindre votre but, travaillez avec les autres avec le sourire et en souplesse en laissant de côté votre ego : « Just do the work »,

 

La bienveillance :

« Don’t try to be a good warrior, just be a good man. » (N’essayez pas d’être un bon guerrier, soyez juste une bonne personne.) Vladimir Vasiliev ou  Mikhail Ryabko’s “Be a good person and everything else will come to you.” La bienveillance  est la base de tout bon instructeur de systema et, Helly Khosrow dont j’ai le plaisir de suivre les cours les, insiste sur une forme de bienveillance dans les ripostes et surtout de placidité pour garder sa lucidité. On ne cherche pas à détruire, à tuer mais à montrer qu’il est inutile de poursuivre l’agression. On ne frappe pas avec haine car celle-ci va revenir en boomerang et créer des tensions dans notre corps, non on frappe presque avec gentillesse et détendu mais sur les points de tension de l’autre. On retrouve d’ailleurs cette bienveillance dans l’entrainement. Celui-ci est dur mais sans cris de l’instructeur pour exciter les troupes et sans démonstration d’ego des pratiquants. Au contraire une forme d’entre-aide et de profonde humilité anime chaque cours qui se finit par un tour de parole et une belle écoute.

La bienveillance est un raz de marée dans la littérature managériale mais c’est une bienveillance qui semble ignorer la possibilité d’utiliser d’autres approches que celle-ci en cas d’échec. On est bienveillant car c’est bien d’être bienveillant et donc par conformisme managérial comme hier on était performant, conquérant et combattant..   Nul doute qu’après les premiers échecs de ces managers bienveillants envers les gentils salariés on se retrouve une fois de plus avec une approche moins douce dans un effet de pendule montrant toute notre instabilité émotionnelle.

 

Site systema de la salle d’armes

La digitalisation des entreprises comme moteur de l’expérience salarié ?

L’expérience salarié est le Graal des entreprises pour regagner en compétitivité par un meilleur engagement des employés et une productivité améliorée.

La digitalisation est- quant à elle devenue incontournable dans la transformation des entreprises et il est donc logique de se dire que ces deux moteurs de la compétitivité vont fonctionner en synergie. Pourtant la dernière étude de Jane McConnell nous donne des résultats bien surprenants :

 


digital_transformation

 

Comment construire une stratégie digital sans l’engagement de ses salariés ? Mes doigts en tombent du clavier !

Le pire c’est que l’expérience client constitue un objectif de cette stratégie mais que les autres sont très process oriented et pas du tout people oriented.

Il sera très intéressant de voir le détail de cette étude mais la seule logique serait de sortir peu à peu les salariés de l’entreprise pour les remplacer par des Bots et compter sur l’intelligence artificielle pour faire preuve d’innovation ! Mais on remarquera que la digitalisation ne vise pas non plus le renforcement de l’automatisation ce qui devient difficile à comprendre…

Vouloir développer la culture digital de l’entreprise sans s’attacher à comprendre comment chaque jour les salariés utilisent ces outils et comment faciliter leur usage me laisse pour le moins perplexe.

Bien entendu l’expérience salarié peut être développé en dehors de l’offre digital de l’entreprise mais c’est comme vouloir améliorer une recette de cuisine en s’attachant à trouver de meilleurs ingrédients mais sans se préoccuper de  l’avis des cuisiniers et comment ils utilisent les ingrédients, ce dont ils ont besoin, ce qui les empêche de réaliser la recette de leurs rêves..

Nous touchons ce que nous dénoncions dans notre livre sur la marque employeur : des discours qui ne sont pas alignés avec les actes et qui risquent de se retourner contre l’entreprise.

En conclusion il serait intéressant de croiser ces résultats avec la place des RH dans cette stratégie de transformation digital car il semble y avoir un sacré trou dans la raquette .

Belles réflexions de rentrée !

Managers et RH :Trop de mail, trop de données et plus assez de cœur

Cela fait un moment que nous avons écrit avec ma collègue Carole Blancot notre livre sur le débordement des mails (Inondé sous les e-mails, résistez !) et pourtant il semble que malgré les démarches de certaines entreprises, parfois très médiatisées comme celle d’ATOS, le problème demeure bien vivace.
Les entreprises croulent désormais sous les données des réseaux sociaux, des mails, des notes et comptes rendus sans parler des notifications pour participer aux différents groupes en ligne et autres grands producteurs de traces informatiques.
L’infobésité n’a pas été compensée par une baisse des demandes de reporting de l’organisation à ses managers, RH et autres responsables de services ou production et vient désormais s’ajouter aux tâches quotidiennes de ces personnes.
Les managers ressemblent à des data analyst sans en avoir les qualifications et se retrouvent prisonniers d’algorithmes qui doivent leur permettre de comprendre le sens des données ou de la rapidité de leur œil et doigts sur le clavier pour tenter d’écoper une boite mail submergée.
Les RH ne sont pas mieux lotos qui se voient alimenter par toutes sortes de reporting non seulement obligatoire et nécessaire comme le bilan social, le plan de formation, la GPEC mais aussi les baromètres sociaux devenus quotidiens, les enquêtes d’opinion, les veilles sociales et juridiques, les données du réseau social, le courrier papier, les SMS et bien entendu les mails.
Que reste-t-il à nos RH et managers comme temps disponible pour la réflexion, l’intuition et rééquilibrer une sous-utilisation de leur cerveau droit ?
A quoi servent toutes ces données et nous rendent –elles plus performant, plus heureux ?
Le risque du digital est de balayer les autres modes de travail nécessaires à un lien social fort en se reposant sur sa toute puissance et demain sur les robots avec intelligence artificielle pour nous aider dans nos décisions. Un médecin exercera avec son application mobile rempli d’IA pour ne pas commettre d’erreurs médicale, un RH aura son avatar pour l’aider à trier mail, sollicitations et préparer des réponses et nous aurons un monde standardisé et apparemment efficace contre le risque.
Le digital est un formidable atout pour notre économie, notre société et bien entendu les RH à condition de remettre de l’humain là où nous avons pu gagner du temps et non de nouveaux process !
Gagner du temps sur le traitement des mails, l’exploitation des données, les reportings et compte-rendu doit s’accompagner d’un rééquilibrage vers des tâches bien plus humaines, relationnelles. Aller sur le terrain, rencontrer les gens, échanger et se donner la capacité à être étonné par la richesse des idées, la puissance de l’engagement des salariés peut vraiment modifier notre façon de diriger.

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Nous ne parlons pas de la mode des réunions interminables avec les pénibles jeux de rôle qu’il faut là aussi bousculer grâce au digital en amont et en aval mais de moments plus naturels de rencontre avec le corps social. Combien de salariés se plaignent d’avoir un manager invisible ? Combien de managers communiquent de leur PC au lieu de se lever et faire quelques mètres ?
Les premières étapes consistent à retrouver cette disponibilité de temps en :
• Mettant en place des régles et conseils pour l’utilisation du mail
• Diminuer le formalisme des reporting
• Alléger forme et longueur des comptes rendus
• Privilégier les notes synthétiques avec complément par échange direct si nécessaire
• Organiser sa journée avec des créneaux pour les différentes taches
• Privilégier dans la mesure du possible le contact direct avec ses équipes et penser à organiser des points d’échanges, de partage pour garder un lien fort, leur confiance et engagement.