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Community manager bio-dégradable

Vincent | 27 mars 2011
J’ai eu le plaisir d’animer une rencontre sur le thème du community management. La richesse des échanges et des différents points de vue a permis à tous de progresser sur notre compréhension des enjeux de cette activité de community manager (CM) ou animateur en interne.
Pour ma part le community management doit être assuré non seulement par vos employés( et non par des consultants externes ou pire stagiaires) mais surtout chaque manager devrait être un peu community manager.
J’ai eu confirmation par plusieurs entreprises de l’intérêt de ce choix avec des formes plus ou moins poussées :
  • Certains demandent aux managers d’assurer cette tâche «en plus», ce qui me semble présenter un réel risque,
  • D’autres au contraire ont formalisé pour certains managers un temps spécial dédié à ce nouveau rôle.

Le risque de ne pas cadrer cette activité est d’une part de la fragiliser car finalement c’est un peu comme chacun peut ou au contraire veut et de laisser les plus intéressés devenir totalement addict de cette nouvelle facette au détriment de celles qui demeurent de leur responsabilité managériale !

il est d’alleurs frappant comme le remarquait un participant que les qualités, compétences fixées pour un CM selon France-Télécom Orange sont à 90% celles que nous devrions attendre d’un manager!
Maintenant il faut bien un chef d’orchestre, que nous nommons Chief Community manager (CCM,) pour que dans l’entreprise on joue une même partition, on partage le même sens et les mêmes valeurs des interventions et responsabilités d’un community manager.
Mais au lieu de tirer vers la professionnalisation et la reconnaissance de quelques CM dans l’entreprise, dépendant soit des grands services ou activités et se calquant ainsi à l’ancienne organisation souvent en silo, la discussion nous a enmmené vers une dilution de ce rôle pour chaque manager à terme.
C’est une très belle idée qui à l’inverse de focaliser sur un nouveau métier avec des fiches de poste, une gestion des compétences, des carrières de CM… renverse le postulat en changeant de paradigme et en plaçant le CM au coeur de l’évolution des entreprises dotées de réseaux sociaux vers une organisation de type wirearchy.
Réflechir à ses nouvelles compétences pour développer des nouveaux usages avec une carte du territoire ancienne ne peut que nous enfermer et conduire à des réseaux sociaux d’entreprise maintenus à bout de bras par des CM alors que nous visons un écosystème autorégulé.
Voila donc l’idée du CM biodégradable :
Plus l’entreprise progresse vers l’intégration de ces nouveaux usages plus les actions du CM deviennent légères, à la marge, car chacun donne un peu de son temps pour un CM transversal et collaboratif.
Une trop grande formalisation des community managers risque de produire des effets inverses à ceux recherchés en focalisant ces tâches sous la responsabilité de quelques-uns quitte à en faire une fonction à part et au poire une marotte de la direction.
Encore une fois on ne peut qu’être frappé des enseignements de la pensée orientale à nos situations actuelles. Ainsi si l’on reprend l’esprit du Tao selon Lao-Tseu on trouve des pensées qui nous aident à progresser sur cette vision d’un community manager d’autant plus puissant qu’il est invisible et doux.
Il ne fait pas de lui-même l’origine de son attention et ainsi il brille.
Il ne cherche pas à se justifier et ainsi il devient sa propre preuve.
Il ne prétend pas et ainsi on lui fait confiance.
Il ne rivalise avec personne, et ainsi personne ne peut rivaliser avec lui.

Cet esprit est celui que la douceur, l’humilité et la souplesse sont plus forts que la force et la raideur dans une approche directe et conduisent peu à peu au non-agir…
Plus vous renforcerez la fonction de community manager plus vous affaiblirez sa capacité à obtenir des résultats durables et naturels !
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community management, RH, stratégie
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community manager, Lao Tseu, taichi, tao te king
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Pensée asiatique et community management

Vincent | 6 février 2011

La fièvre étant retombée sur le community management il me semble intéressant de vous proposer quelques réflexions complémentaires au premier billet Taichi et community management.

En effet trop souvent les articles proposés sur le community management sont orientés sur l’outil ou le savoir faire empirique mais ne s’appuient guère sur une mise en perspective de ce qui peut pourtant s’avérer comme fer de lance de la stratégie d’une entreprise.

Le community management peut être interne ou externe , d’ailleurs il conviendrait à mon avis de trouver un terme plus spécifique pour ce qui relève plus d’une dynamique interne d‘engagement que d’un marketing 2.0 . Je propose pour l’instant les distinctions de Internal Community Management I(CM) et External Community Management ( ECM).

Pour en revenir à une lecture orientée de Lao Tseu et Sun Tzu celle-ci peut s’avérer riche d’enseignement pouvant être appliqué en vision stratégique et tactique du CM. En particulier la compréhension que rien ne peut être forcé mais qu’il faut procéder comme l’eau.

L’eau n’a pas de forme, elle est plastique et s’adapte en fonction du terrain.

« La meilleure attitude c’est celle qui est semblable au comportement de l’eau.

L’eau rend service à toutes choses sans rivaliser avec elles »

Lao Tseu

Cette pensée devrait inspirer la stratégie d’animation des plateformes de conversation internes et externes en amenant l’envie des participants à y venir s’exprimer car ils seront d’une part bien accueillis, qu’ils en tireront avantage mais aussi que nul ne viendra les prendre de haut.

Repenser à ces chartes d’usage sous la direction de juristes bien intentionnés qui ressemblent plus à des barbelés qu’une allée de fleurs et demandez-vous si celles-ci sont des incitations à venir s’exprimer sur ses idées, sentiments, interrogations ?

L’eau nous enseigne la douceur et l’humilité comme la description de Lao Tseu le traduit avec ses métaphores

« Le fleuve et la mer gouvernent les cents vallées en prenant avantage de leur position inférieure.

Ainsi ils sont les rois des cents vallées

Si on désire s’élever au-dessus du peuple 

Il faut parler comme si l’on était au-dessous »

Pourtant trop souvent le CM se traduit par une position au-dessus de la communauté, pour ainsi dire régent de celle-ci alors qu’elle ne lui appartient pas ce qui explique bien des déboires comme Nestlé face à Green peace. Le fait de se positionner ouvertement comme maître du jeu d’un tel espace c’est se mettre en position d’être attaqué frontalement et brutalement en donnant forme à vos actions. L’erreur du CM de Greenpeace est d’avoir préféré de tenter de combattre l’attaque au niveau choisi par ces derniers et sans y être préparé, d’avoir préféré le bruit des armes à celui de l’eau.

Erreur fondamentale que de penser que la mise en avant d’un prétendu pouvoir du fait se sa responsabilité de CM va permettre d’imposer un rythme ou pire une ligne de conduite des conversations. La force d’un CM est dans son action subtile et non dans la recherche d’un leadership coûteux et bruyant.

« Rien au monde n’est plus doux et plus souple que l’eau.

Mais quand elle attaque le dur et le fort,

Rien ne peut la surpasser.

Le souple vainc le dur,

Le doux vainc le fort. »

Lao Tzeu

 De même posons nous la question de la nécessité ou non de faire porter le rôle du CM sur une personne de façon anonyme ou pas ou sur un groupe plus large.

Si l’on reprend la pensée de Lao tseu et Sun Tzu la réponse nous conduit vers un community management dilué et sans forme précise mais dont l’influence est puissante.

Ainsi Sun Tzu montre sa force malgré son absence de forme « L’eau du courant arrive a rouler les galets en raison de sa puissance »

Imaginez les risques d’identifier le CM de vos communautés à une seule personne, plus celle-ci prend de l’influence plus votre communauté se fragilise car elle dépend de sa réputation, de son habileté et ses actions.

Pour autant un CM non incarné au travers seulement du nom de votre marque, espace ou fonction peut manquer de la chair nécessaire à développer une conversation. L’exemple de Kodak est frappant à ce sujet avec la puissance qu’avait développé son responsable marketing Jeffrey Hayzlet qui finalement est parti fort de sa notoriété vendre son savoir faire ailleurs …

Le CM ne doit pas être l’affaire d’un seul homme et je dirai même qu’en interne il doit être l’affaire de tous les managers ! Maintenant impulser ce mouvement, savoir le canaliser, le réguler voila qui doit être pensé pour ensuite permettre aux flux une certaine liberté.

Dans le cadre des apports de cette pensée ancestrale il faudrait aussi avoir le courage d’aborder sans détour la face obscure de leurs écrits car la sélection que nous faisons de ces œuvres ne doit pas cacher sur quel socle elles reposent.

Ainsi quid de notre croyance dans la transparence sur les réseaux sociaux quand Sun Tzu nous dit que « La guerre c’est le mensonge » ? et de celle de l’intelligence collective quand Lao Tseu nous rappelle « Les anciens, qui excellaient a gouverner, ne cherchaient pas à éclairer les gens. Ils les rendaient au contraire de plus en plus stupide. »

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community manager, Lao Tseu, Sun Tzu
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Interview de Pierre Fayard : Rendre accessible l’art de la guerre

Vincent | 3 août 2010

Qui a eu l’occasion de lire Pierre Fayard connait le plaisir de découvrir grâce à sa plume tout un pan inconnu de Sun Tzu par le décryptage et la mise en parallèle de son ouvrage « l’art de la guerre » avec des oeuvres plus proches de notre culture.

C’est ce ton si particulier qui rend accessible les pièces maitresses de la stratégie chinoise comme les 36 stratagèmes que l’on retrouve quand on a l’occasion d’échanger de vive voix avec lui. De l’impénétrable Lao Tseu au plus compréhensible, au moins en surface, Sun Tzu en passant par les arts martiaux et la communication interculturelle, j’ai tenté de retenir avec Pierre ce qui de nos échanges pouvaient intéresser les lecteurs de conseilwebsocial.

Difficile en quelques lignes de présenter Pierre Fayard mais voici un résumé permettant de mieux apprécier le contenu de cette interview.

Actuellement Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle à l’Ambassade de France au Pérou, Pierre Fayard a été nommé Maître de Conférences, puis Professeur des universités à Poitiers où il a dirigé le laboratoire de recherche sur la communication scientifique et technique (Labcis) et le premier DESS en intelligence économique (Dessie), créé à son initiative.
Son domaine de recherche porte sur l’approche comparée des cultures de la stratégie. Dans ce cadre, il a travaillé sur la voie japonaise de la création de la connaissance en se rendant par dix fois au Japon où il échangea directement avec le professeur Ikujiro Nonaka.
Il réfléchit actuellement aux applications de l’aïkido au management dans la société de la connaissance, et enseigne cet art martial dont il est ceinture noire troisième dan. Auteur d’une dizaine d’ouvrages dont « Comprendre et appliquer Sun Tzu » édité dans cinq pays, son dernier livre, « Sun Tzu. Stratégie et séduction », est sorti chez Dunod en octobre 2009.

Pierre Fayard vous êtes l’un des meilleurs spécialistes français de L’art de la guerre écrit par Sun Tzu. Vous avez écrit plusieurs ouvrages, lui consacrez votre site web et toujours dans l’optique de rendre vivant son enseignement et applicable ses conseils… Pouvez-vous nous expliquer votre passion pour cette œuvre ?

J’ai rencontré Sun Tzu un soir d’hiver à Saint Germain, dans la vitrine d’une petite librairie aujourd’hui disparue. Le livre s’intitulait Les Treize articles. Il reprenait la traduction originale du père jésuite Jean-Jacques Amiot de 1772. Sur la couverture, on voyait un morceau de goban, « l’échiquier » du jeu de go. Je l’ai acheté parce qu’il m’inspira, et bien vite crayonné d’annotations. A cette époque j’enseignais la communication à l’Université de Poitiers et j’ai commencé à penser y introduire un peu de Sun Tzu. Puis, avec la découverte du Traité des 36 stratagèmes, un autre livre basique de la pensée stratégique chinoise, j’en ai fait un enseignement.
« Rendre vivant son enseignement » ? J’ai toujours été attiré par cette activité qui fait comprendre une culture à une autre. Je reste un vulgarisateur dans l’âme. Ce qui est fascinant chez Sun Tzu, outre le fait qu’à l’instar des grands textes il traverse les siècles et jusqu’aux millénaires, c’est qu’il prend le contrepied, presque systématique, des clichés et représentations spontanées et simplistes que l’on a de la stratégie, comme de l’art de la guerre. J’en veux pour preuve un seul exemple, le contraste entre le titre de l’ouvrage et l’affirmation qu’il contient selon laquelle le général exemplaire l’emporte sans se battre. Pourtant, le livre s’intitule L’art de la guerre ! Cela dépasse « si vice pacem para bellum », et donne à réfléchir…
« La passion » ? Sans doute pour l’Extrême Orient, mais encore une fois pour le contrepied par rapport aux certitudes et suffisances occidentales. Je suis né en Afrique, et me suis toujours senti « autre » quel que soit l’endroit où j’ai vécu ou travaillé. Les principes de Sun Tzu raillent les certitudes, et parce qu’il vient de loin, son pouvoir de stimulation et de suggestion est immensément grand. Par rapport à l’Occident, Sun Tzu est un révolutionnaire qui introduit les ferments d’une « révolution culturelle » dans la stratégie en nous invitant à l’astuce, à l’intelligence et jusqu’à la sagesse. Cela le rend irrévérencieux au regard de l’orthodoxie, et c’est précieux en stratégie car ce ne sont jamais ceux qui sont en retard d’une guerre qui l’emportent. La France en sait quelque chose et il serait criminel de l’oublier !

Quel lien faites-vous entre votre pratique de l’aïkido, l’art martial le plus spirituel, et l’art de la guerre ? Pouvons-nous appliquer les enseignements de Sun Tzu à l’art de la paix ?

Difficile de vous suivre dans cette affirmation selon laquelle l’aïkido serait un « art intellectuel ». Je vous invite sur n’importe quel tatami et vous éprouverez vite à la sueur qui s’en dégage qu’il s’agit d’un art avant tout corporel. Dans les années soixante-dix durant mes premières années de pratique, chaque fois que je m’extasiais sur un livre développant les principes d’harmonie, de yin et de yang, de complémentarités dynamiques… j’étais systématiquement d’une nullité crasse sur le tapi la séance suivante. Je commentais l’erreur de penser qu’un art martial commence par la tête, alors que les pieds et la situation dans l’espace y sont autrement fondamental. Un art martial se vit avec le corps, il éduque la sensibilité, la réactivité et développe un sens aigu de la présence et de la disponibilité. Face à un sabre bien tranchant, celui qui pense rationnellement et linéairement a tôt fait de se retrouver en morceaux. L’issue est dans l’immédiat, avant ne signifie rien, pas plus qu’après, totalement conditionné par le présent.
L’art de la guerre de Sun Tzu est un art de la paix pour la raison bien simple que la guerre est dangereuse, coûteuse et aléatoire. Il est recommandable de la gagner par la ruse, la diplomatie, éventuellement par la déstabilisation, et si l’on est vraiment rustre et incapable, il faut aller se battre contre les troupes ennemies, et pire que tout, se heurter à ses places fortes. L’héroïsme peut servir comme tout potentiel à partir du moment où il est manipulé intelligemment ou que l’on n’a plus rien à perdre. Mais il s’agit là d’un extrême à éviter le plus en amont possible, soit avant que le conflit ouvert n’y contraigne faute de bonne gestion et d’anticipation.

Merci pour l’invitation sur un tatami que j’accepte avec le plaisir de la rencontre d’un pratiquant aguerri face à un guerrier accompli ! Nous avons eu l’occasion d’échanger ensemble sur les applications immédiates de Sun Tzu dans notre vie professionnelle et en particulier les modes de gouvernance. Quelles sont selon-vous les deux points les plus importants à retenir pour un dirigeant, ou un manager ?

En m’inspirant de Sun Tzu, je vais répondre par des propositions apparemment contradictoires. Tout d’abord, penser stratégique pour éviter de se faire enfermer dans des affrontements tactiques locaux sans le bénéfice d’une intelligence globale. En convoquant d’autres acteurs, d’autres logiques auxquelles on s’articule, et des potentiels extérieurs, on modifie une balance locale des forces à son profit. On augmente ainsi sa liberté d’action et on optimise son économie des moyens, qui représentent les deux principes basiques de la culture stratégique française. Pratiquement tous les enseignements du classique des 36 stratagèmes insistent sur cette dimension stratégique qui représente un potentiel trop souvent ignoré.
Ensuite, le petit l’emporte sur le grand. Normal, son unique solution pour survivre est d’être plus malin. Comme il ne peut s’appuyer sur sa taille, ses finances, ses technologies, ses réseaux commerciaux, que sais-je encore, il doit être foncièrement innovant. Dans l’histoire, ce sont toujours les petits qui gagnent avant de devenir grands et de perdre à leur tour… C’est l’usage de la force Ji, extraordinaire et non conventionnelle pour dérouter et prendre le contrepied (on y revient) de la force traditionnelle, visible et organisée que les Chinois appellent Zheng.
Enfin, se défier des certitudes, des réponses toutes faites et de ce qui donne l’apparence de terrains balisés dans lesquels on pourrait agir de manière rationnelle, toutes choses égales par ailleurs comme il est dit dans les mathématiques. Il n’existe pas de « méthodes sûres » en stratégie car celle-ci n’est pas une science mais un art. Ceux qui prétendent le contraire sont des faussaires.
Ne jamais imaginer non plus que l’autre pense comme soi parce que nous serions civilisés, dans le vrai et le sens de l’histoire. En sus d’être une désinformation à son encontre, c’est insultant pour les autres. Les Chinois, qui sont les héritiers d’une civilisation millénaire, savent pertinemment que la stratégie est sans morale, sauf dans les cas où l’immoralité s’inscrit à l’encontre de la durabilité des résultats. La stratégie consiste en la maîtrise de l’interaction des volontés, ce n’est pas Sun Tzu qui le dit, mais le général français André Beauffre qui l’a écrit au cours du vingtième siècle. La relation à l’autre y est centrale.

Quand le web 2.0 est basé sur la confiance, la transparence, on peut être déstabilisé par les enseignements de Sun Tzu qui joue de faux semblant, de dissimulation, de jeux de pouvoir et d’ombres. Est-ce la face obscure de cet enseignement où est-ce la philosophie du 2.0 qui est simpliste et évangélique ?

D’abord, je dois avouer mes lacunes, passagères je l’espère, sur le Web 2.0. Par contre, je peux vous dire que la pensée stratégique chinoise est « comme un poisson dans l’eau » dans la globalisation actuelle où les fronts n’existent guère, et où la dimension stratégique, soit globale, l’emporte sur les tactiques et affrontement locaux. C’est un peu la différence entre le jeu de go, où le gain résulte de la supériorité stratégique, avec le jeu d’échec où même plus fort que l’autre, on peut perdre sur une simple erreur tactique : échec et mat ! Gardons nous des certitudes. Arrêtons de faire violence au monde en y projetant nos définitions parce qu’il nous fait peur, que l’on manque de confiance ou que l’on voudrait le simplifier à l’extrême histoire de pouvoir jouer à coup sûr et sans surprise ! L’art stratégique est d’abord une école de réalisme, comme sur le tatami d’un dojo.
Ne jurer que par Sun Tzu comporte le risque de nous inféoder culturellement. Les traditions stratégiques occidentales sont riches et fécondes, c’est ce que j’ai aussi voulu exposer dans mon dernier livre. Parfois la manipulation est utile, mais souvent elle ne se traduit que par des victoires sans suite, à la Pyrrhus. Vivre dans l’illusion selon laquelle tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes parce que nous serions modernes, postmodernes ou web point deux, est une auto désinformation dangereuse. Les outils n’ont jamais remplacé la réflexion stratégie, bien au contraire, ils en renforcent l’urgence. Ange ou démon ? Comme le disait Fernand Raynaud, sublime stratège du rire devant l’éternel « ça dépend, si ya du vent, si y pleut… », c’est relatif tout ça et dépend des circonstances.

Votre dernier livre, l’art de la séduction, met en exergue la puissance de la séduction et comment celle-ci donne corps aux enseignements de Sun Tzu. Est-ce à dire qu’il est préférable de lire Don Juan de Molière que De la guerre de Karl von Clausewitz ?

Tout est bon à lire dans la mesure où cela intéresse et stimule, c’est à cela que l’on distingue les textes qui durent de ceux qui ceux qui confondent par des abstractions aussi pesantes qu’inesthétiques. On fait dire un peu n’importe quoi à Clausewitz comme à Confucius ou à Sun Tzu. Cyrano de Bergerac reconnaissait que Molière a du génie, et de l’impertinence pourrait-on ajouter, un ingrédient majeur dans la réflexion stratégique.
En choisissant la séduction, et des traditions stratégiques autres que chinoises, pour commenter les treize chapitres de L’art de la guerre, j’ai voulu inviter à voir la stratégie comme une entreprise fondamentalement créative fondée sur la relation, l’interaction. Dans le droit fil des préoccupation de Sun Tzu, la séduction est économique, or celle-ci est comme une obsession chez cet auteur comme dans ce grand pays qu’est la Chine où la gestion des ressources doit se faire au regard du très grand nombre. Le trente-et-unième stratagème traditionnel chinois, Piéger par la beauté, montre comment on peut venir à bout d’un adversaire puissant et redoutable, au moyen d’une créature convenablement manipulée. Comme la manipulation, la séduction est partout. On peut s’en offusquer ou s’en servir, mais en aucun cas en ignorer la réalité. Alors autant l’étudier ne serait-ce pour s’en garder !

Pierre Fayard il me reste à vous remercier pour cette interview et vous demander quels sont vos prochains projets pour continuer à nous rendre plus accessible les écrits de Sun Tzu ?

Nombreux ! D’abord un travail sur un petit ouvrage de grande circulation à partir de trois citations clefs de Sun Tzu, tout en y associant des éléments de la culture stratégique japonaise à travers Musashi et Yamamoto. Ensuite, un projet d’application sur iphone, ou téléphone portable, à partir des trente-six stratagèmes revus et adaptés pour un public occidental. Une troisième édition pour fin 201 du Comprendre et appliquer Sun Tzu en y incluant les trente-six stratagèmes au lieu de vingt cinq dans l’édition actuelle. Avec Digital Sun Tzu, des projets en cours très prometteurs où le débat et les contributions de tous les aficionados de ce très grand stratégiste seront bienvenus.
Ensuite, un travail plus fondamental sur les relations entre aïkido et management, notamment en faisant le lien avec les travaux d’Ikujiro Nonaka sur l’entreprise créative de connaissance. Et puis, pas mal d’écrits qui traînent, principalement des nouvelles un peu iconoclastes et des recueils de poésie, toujours perfusées de séduction, voire d’érotisme, qui est une forme de stratégie collaborative, n’est-ce pas ? Je recherche pour cela une maison d’édition fiable qui articule le numérique au format papier. Avis aux amateurs !
Merci Pierre pour cet échange passionnant et vivement le lancement de Digital suntzu, projet que nous portons avec Frédéric Bascunana et en attendant cette nouvelle web tv collaborative dédiée à l’application pour le web, les dirigeants, les managers de la pensée stratégique asiatique, les commentaires ci-dessous vous sont largement ouvert .

–
http://twitter.com/Pierre_Fayard ///

Skype: pierre.marie.fayard ///

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_fayard ///

www.comprendreetappliquersuntzu.com

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Aikido, digital suntzu, Lao Tseu, pierre fayard, stratégie, Sun Tzu
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