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Des DRH à la dérive ?

Ceux qui ont lu la radioscopie réalisée par la CEGOS peuvent légitimement se poser la question tellement les résultats marquent un repli de la fonction sur ces anciennes terres administratives.

Des DRH Plus besogneux que stratégique

L’enquête montre une forte augmentation du temps consacré aux tâches administratives et diminution de l’ensemble des autres postes de la fonction (conseil, dialogue social, accompagnement du changement…). Cette augmentation est en partie liée au contexte social et économique qui va de grandes réformes du code du travail en réorganisations incessantes mais aussi à l’incapacité des DRH de jouer pleinement un rôle d’accompagnement du changement. Manque de soutien de la direction générale mais surtout manque d’informations sur la stratégie de l’entreprise ce qui les met en difficulté pour valoriser leur rôle face aux partenaires sociaux et aux salariés.

 

Des DRH guettés par les RPS ou le cynisme ?

Les DRH se sentent peu écoutés par leur direction ce qui leur pose parfois des problèmes d’éthique puisqu’ils ont peu de marge de manoeuvre (46%) mais finalement les affecte moins qu’auparavant (53%). A lire ces résultats on ne peut s’empêcher de penser que les DRH se trouvent en situation de RPS avec un défaut d’alignement entre leur valeurs, attentes et réalité quotidienne de leur travail.

Ethique RH en berne
Ethique RH en berne

Comment s’adresser sereinement aux partenaires sociaux et salariés et obtenir leur confiance quand soit même on trahit ses valeurs et le code éthique de la fonction ?  D’ailleurs sur une échelle de 1 à 10 les DRH obtiennent le chiffre peu glorieux de 5.6 en niveau de confiance.

Ils semblent toutefois le vivre plutôt bien puisque qu’ils continuent à recommander fortement leur fonction et se voient bien poursuivre dans la même fonction pour les années à venir  Ce taux de réponse semble paradoxal avec la dégradation de la fonction à moins que l’on se dise que les DRH font preuve d’un très grand optimisme ou d’un peu de cynisme.

 

Des attentes déçues d’un DRH human centric

Le DRH au travers de cette enquête semble aux yeux des salariés peu tourné vers l’humain, manquant d’ouverture, d’agilité et de transparence. Fermez le ban ! La fonction RH serait donc loin de ce que l’on nous explique à longueur d’article sur leur grande proximité avec la base, leur capacité à accompagner la transformation numérique par une adaptation aux nouvelles attentes des salariés mais malheureusement engluée dans un rôle administratif.

La vision du rôle d’un DRH entre un salarié et un représentant de la fonction sont loin d’être semblable et ne peuvent conduire qu’à des désillusions. Les salariés attentent un DRH de proximité, ancré dans l’écoute et les rapports humains alors que celui-ci se voit partenaire stratégique mais sans en avoir les moyens.

Le DRH et la transformation digitale

On retrouve la vision stratégique des DRH dans l’objectif d’accompagner la transformation digitale de leur entreprise et pour cela d’assurer la montée des compétences des salariés et la qualité des recrutements. Le climat social et les relations avec les partenaires sociaux viennent en second plan de ces objectifs principaux mais demeurent des objectifs importants.

 

Les managers nouveaux RH ?

La bonne nouvelle de cette radioscopie vient de la montée en puissance du rôle de RH de proximité des managers. On y voit la traduction du leitmotiv « Manager premier DRH ! » comme l’entonnait avec talent Philippe Lambin, DRH chez Avril  ou le « tous DRH » de jean Marie Perretti. Le corollaire de cette bonne nouvelle étant toutefois le risque de dilution de la fonction et le risque de perte de cohérence et les dysfonctionnements que cela impliquerait comme le remarquait avec justesse François Gueuze.

Une fonction RH entre disparition et réorientation

radioscopie DRH
la fin du RH business partner

A regarder les réponses on se dit que les DRH sont lucides sur l’avenir de leur fonction dans son mode actuel : une disparition programmée !
La fonction RH va être ubérisé, digitalisé, réparti au niveau des managers et donc disparaître ou se réinventer en focalisant son rôle sur le capital humain. Nous ne sommes pas loin des tontons flingueurs :

« Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver la fonction RH, éparpillée par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m’en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile !

On rejoint dans cette vision les attentes des salariés d’avoir des DRH proche de leur problèmes et capable de les soutenir et non d’appliquer des process et des réorganisations à la chaîne.

Le problème serait donc moins lié au DRH qu’au DG qui lui demande de se focaliser sur l’accompagnement parfois peu éthique d’une transformation peu transparente et dont les objectifs ne sont partagés qu’au niveau de la direction et en comité réduit. Une fonction RH en ambulance des dégâts causés par des transformations brutales et mal gérées socialement ne peut tenir sur le long terme.

Le gag de l’entreprise libérée

On comprend mal que la Cegos se soit sentie obligée de poser cette question à des RH dont la moitié pensent que c‘est un épiphénomène et une bonne partie en ignore les concepts. La Cegos aurait mieux fait de nous parler de nouveaux modèles d’organisation, de management, de vision du travail que de nous asséner cette question sur un concept valise qui ne cesse d’évoluer en fonction des critiques pour rester attractif et vendre conférences ou visites d’entreprise.

On les remerciera tout de même de nous avoir épargné des questions sur le bonheur au travail ou la bienveillance des DRH là où les salariés attentent du sens et de la reconnaissance comme base de leur bien-être. On regrettera en revanche l’absence de question sur leur rôle dans l’application du droit à la déconnexion.

Ce tableau sombre est à tempérer par des DRH qui développent de nouvelles qualités de proximité et de vision dans cette fonction qui se doit d’être au service des salariés et du management. J’en connais personnellement une bonne dizaine dans des grands groupes ou PME qui redonnent confiance dans la fonction et peuvent servir d’exemple sur la capacité de produire de la performance économique et sociale. Ils ne peuvent cependant masquer le reste des DRH pris dans un courant puissant de changement et des services RH qui finissent par ressembler au radeau de la méduse affrontant les vagues des réformes, des attentes souvent paradoxales des salariés et des exigences de performance, reporting de leur direction.

C’est une enquête passionnante que je vous encourage à découvrir et qui devrait permettre aux DRH de continuer la et leur transformation en sortant de la double contrainte actuelle :

Vouloir être stratégique sans le soutien de la direction tout en répondant à ses demandes sans trahir leur éthique.

Faisons donc le pari que la prochaine fonction RH est en train de naître et qu’elle associera performance économique à performance sociale dans le respect d’une éthique partagé par la fonction.

 

 

La transformation digitale est moins importante que la transformation de l’expérience employé.

Une transformation digitale en panne ?

Cela fait plus de 3 ans que nous parlons de la transformation digitale de l’entreprise dans ses grands domaines, marketing, vente, communication et bien sur RH.

Pourtant, livrez vous à l’exercice d’une revue de presse et vous serez surpris. Les mêmes thèmes sont poussés par d’autres experts et journalistes sans que ces sujets ne semblent avoir généré de profonds changements dans les entreprises.

Pire l’enjeu de la transformation digitale commence à s’émousser et ne plus faire partie des objectifs principaux des RH désormais selon Jacob Morgan dans un article de mars 2016.

OBJECTIFS RH 2016

  1. Organizational design
  2. Leadership
  3. Culture
  4. Engagement
  5. Learning
  6. Design thinking
  7. Changing the skills of the HR organization
  8. People analytics
  9. Digital HR
  10. Workforce management

 Le risque du bonheur d’être libéré au travail !

On comprend mieux le succès de l’entreprise libérée malgré son absence de modèle sérieux d’organisation puisque c’est une Holanarchy :-)

Ce succès marketing est lié à l’attente des salariés, des collaborateurs, managers, experts ou employés de vivre le travail non pas uniquement comme une peine nécessaire pour avoir des moyens de subsistance (Tripalium) mais comme une expérience positive enrichissante.

Le travail est trop souvent vide de sens du fait d’un éclatement des tâches avec une hyper spécialisation et individualisation dont on pense assurer la cohérence à force de reporting. Il n’est pas rare de constater que la moitié du temps de certains managers est consacré à l’alimentation de ces reporting censés éclairés la hiérarchie et le Top management. L’effet est dévastateur sur la base…

On parle alors de changer l’organisation, de l’aplatir, de réduire la hiérarchie… On essaie de se convaincre que les mines réjouies des consultants sur le bonheur au travail, du Mindfullness et l’entreprise libérée permettrons de supporter ce syndrome du hamster alors qu’ils ne peuvent que le cacher.

Le risque c’est une explosion brutale des tensions enfouies avec des risques sociaux sévères.

Quelles réponses aux attentes des salariés pour travailler autrement ?

Alors comment faire pour retrouver une organisation permettant aux salariés de trouver leur place en tant que personne dotée de réflexion, d’intelligence ? Comment répondre à leurs besoins de sens, épanouissement et bien-être ?

Comment optimiser la ressource humaine inutilisée et pourtant rémunérée?

Nul effet de génération Z ou Y non plus car le bore out comme le burnout touchent tout le monde.

future of work

On a le choix entre la fuite, la contestation ou l’apathie. La fuite est mesurable par le turn-over, la contestation par les mouvements, les #onvautmieuxqueça et multiples pages facebook, pétition plus que dans l’engagement syndical. Enfin l’apathie est le syndrome le plus commun, on fait le dos rond et on attend que ça passe avec un  nouveau RH, ou PDG.

Marketing RH

Dans ce paysage peu réjouissant il faut noter l’arrivée du concept d’expérience ou parcours collaborateur que nous avions décrit dans la seconde édition de notre livre Marketing RH. Nous avons eu d’ailleurs l’occasion de traduire à nouveau ces idées en recommandations pour une entreprise afin de donner une attention au vécu quotidien de chaque salarié en se mettant à sa place.

On peut pour cela prendre plusieurs profils et élaborer des scénarios permettant d’identifier les nombreux irritants, techniques, sociaux, managériaux et les satisfactions dans ces mêmes domaines.

Voilà la phase de diagnostic que nous proposons dans l’approche des 4 D. Elle sera suivie d’une phase de partage et d’échanges avec les différentes cibles, puis de propositions et enfin de mise en place des actions d’amélioration avec des preuves de la volonté de l’entreprise de considérer  l’expérience salariée comme aussi importante que l’expérience client.

Transformation par les 4 D

On ne recherche pas la vente mais la fidélisation et surtout l’engagement par cette approche au plus près du vécu quotidien qui cependant demande une stratégie globale pour avoir du sens.

Le chemin de ce projet permet déjà de renouer le dialogue, de retrouver du lien social, d’apporter de la considération et de la reconnaissance à vos employés.

Les mesures d’audit social doivent être prises avant le démarrage du projet puis 6 mois plus tard afin d’apporter les éléments du ROI qu’on ne manquera pas de vous demander.

Alors On comme quand :-)

 

 

La RH de demain : une RH holistique

La déconnexion des RH ne se résoudra pas par une solution technique ou un modèle théorique, mais bien dans une attitude nouvelle et dynamique.
Si vous demandez aux managers, aux salariés ou aux RH eux-mêmes ce qu’est une bonne RH ou un Responsable RH à la hauteur, vous risquez d’avoir autant de réponses que d’individus : certains mettront le focus sur la technicité, d’autres sur la disponibilité et l’écoute, d’autres encore sur la maitrise de la paie et des relations sociales. Recollez – tant bien que mal – toutes ces images projetées de la fonction RH, et vous obtenez une sorte de chimère, fantasme du RH “idéal”, au pire sens du terme. Nous sommes parvenus, à force d’obligations légales, de chantiers informatiques et de révolution digitale, à un éclatement de cette fonction qui l’a rendue méconnaissable et illisible. Le RH est devenu un spécialiste, souvent compétent mais qui a perdu sa cohérence d’ensemble et la vision globale qu’il pouvait avoir de l’entreprise.
Ce que l’on peut prévoir de l’évolution de cette fonction semble encore pire, au vu des profils émergents, et l’on pourrait à la limite imaginer un RH Humanoïde d’ici moins de 15 ans : un RH pour le coup 100% digital, connaissant le code du travail comme aucun autre et par qui le burn-out ne passera pas. Des RH data scientist, spécialistes du big data, experts des BDES (Base de données économiques et sociales) du SIRH et des réseaux sociaux.
Faisons un pas de côté et regardons l’attente des populations des pays développés face à la médecine : pouvoir bénéficier de progrès fantastiques tout en gardant une prise en charge empreinte d’humanité et des soins personnalisés… mais aussi de prendre part à sa propre santé ou à lutter contre la maladie en étant pro-actif, en suivant des conseils d’hygiène de vie, de meilleure alimentation et d’exercices physiques. Les livres sur l’alimentation sont des bestsellers ; les salles de yoga, pilâtes ou salon de massage thaï ou chinois font le plein, tout comme les cours de taïchi.
Une telle médecine coresponsable demande un regard bienveillant du médecin qui, au lieu d’ignorer ou mépriser les pratiques de la personne, les intègre au contraire dans les traitements à l’hôpital. Il est en effet avéré que le mental des patients a une forte influence sur l’efficacité des traitements et diminuent leurs effets secondaires. Cette médecine « intégrative » ou « holistique », pleine d’avenir, combinera demain les thérapies géniques aux changements de vie des populations. Elle deviendra ainsi plus performante.
Le parallèle avec la fonction RH est intéressant, même sir le RH n’est pas Docteur House et les salariés des malades, des profils de spécialistes entre le gestionnaire – garant de la sécurité juridique –, le RRH s’appuyant sur un SIRH et différents outils informatiques pour optimiser la gestion des talents, de la mobilité, de la formation et autre process encore…

Terence
En parallèle la disponibilité du personnel RH à comprendre l’expérience client et développer une véritable proximité de relation et d’intégration des attentes des acteurs a diminué largement.
Dans les deux cas le risque majeur est de traiter uniquement la maladie sur le plan technique et les attentes du salarié par de purs process, en oubliant la personne réelle dans son intégralité. Une telle instrumentalisation de la relation Médecin/patient et RH/salarié est souvent mal vécue et ressentie comme froide, clinique, professionnelle… dénuée de cette empathie qui joue un rôle pourtant si essentiel.
L’efficacité immédiate a souvent des effets secondaires néfastes sur le moyen et long terme car la personne ne se sent pas en confiance, considérée comme un acteur que l’on aide, mais plutôt comme un objet, spectateur de soins qui concernent seulement une partie de son corps ou de sa tête !
Comment alors peut-on nous demander d’entrer dans une logique d’acteur quand tout conduit à la dépersonnalisation?
Parions sur une RH holistique qui saura appréhender le salarié dans toutes ses dimensions, utiliser les différents leviers tout en gardant une attitude ouverte, bienveillante, et une relation tenant plus du partenaire que de l’expert. Répondre aux besoins des salariés en terme de programmes de bien-être dans l’entreprise, d’horaires de travail flexibles ou d’équilibre vie professionnelle, vie privée est aussi noble et important pour un RH que de veiller à la formation, la mobilité ou la paie.
On peut critiquer les avancées de ces dernières années sur le bonheur au travail ou l’entreprise libérée, mais au fond le succès – au moins médiatique – rencontré par ces approches démontre que les salariés sont en attente d’un autre modèle d’entreprise et de RH que celui d’une froide efficacité et d’une performance chiffrée.
Pour paraphraser Terence, la citation de ce RH holistique pourrait être : « Je suis un RH et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. »